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Publié par JD

France, Europe, Moyen Orient "Soldats d'Allah" Soldats daech ou de la- lèche? Vidéo 3 minutes

France, Europe, Moyen Orient "Soldats d'Allah" Soldats daech ou de la-lèche? Vidéos de 3 minutes. A voir.

Partager pendant six mois, un journaliste, qui préfère rester anonyme, a infiltré en caméra cachée une cellule djihadiste française se réclamant de l’état islamique, baptisée les Soldats d'Allah. De ses rencontres avec le chef du réseau à ses échanges, via une messagerie cryptée, avec ses membres, il nous livre un document exceptionnel. Récit d'un tournage sous haute tension.

"Après les attentats contre “Charlie Hebdo” et l'Hyper Cacher de la porte de Vincennes, une maison de production m'a contacté pour que j'enquête sur les salafistes. Ils étaient alors désignés partout comme la matrice du terrorisme. L'idée ? Vérifier leurs réelles responsabilités. J'avais déjà fait des infiltrations, je suis musulman, j'étais la bonne personne.

Mais je me suis vite rendu compte que nous faisions fausse route : les salafistes sont des fondamentalistes, mais ce ne sont pas des terroristes. Et puis, sur internet, j'ai commencé à discuter avec des “daechiens”. Nous avons alors décidé de réorienter le sujet. Je les ai rencontrés devant une des rares mosquées de la région parisienne dans laquelle ils acceptent de se rendre car, souvent, les prêches ne sont pas assez radicaux pour eux. C'était ma première découverte : les djihadistes qui se réclament de Daech exècrent les salafistes, qu'ils considèrent comme des modérés."

"Avant d'aller sur le terrain, je me suis construit ce que les services secrets appellent une “légende”. Nous l'avons “travaillée” pour qu'elle soit le plus crédible possible en nous inspirant de situations répandues chez les jeunes recrues du djihadisme. Je m'appelais Abu Hamza. Je dormais dans ma voiture depuis que ma mère m'avait mis à la porte à cause de ma radicalisation. Je parle arabe, mais il a fallu que j'intègre leur charabia. Il ne faut, par exemple, jamais dire “Daech”. Employer ce terme, c'est se faire repérer. Ils disent “Dawla islamiya” , qui signifie “Etat islamique”.

Une fois sur place, j'ai adopté une attitude low profile : je restais toujours très vague. J'ai reproduit leurs pratiques saoudiennes pour la prière. J'ai arrêté l'infiltration quand j'ai reçu ce message : “T'es cuit, mec. ” Je ne peux plus montrer mon visage en public. Je n'ai aucune boîte aux lettres à mon nom. Et la production a favorisé mon déménagement dans un immeuble qui me permet de rentrer chez moi en toute discrétion par le parking en gardant mon casque à visière fumée. Aujourd'hui, le seul danger pour moi, c'est de croiser l'un de ces djihadistes par hasard."

"Cette infiltration, peu compliquée dans la forme puisqu'ils cherchent à recruter, était plus complexe sur le fond. A chaque fois que je retrouvais Ossama [20 ans, propulsé à la tête de ce groupe baptisé les Soldats d' Allah, NDLR] , je ne savais pas si quelqu'un avait grillé ma couverture. Nous n'avons mis personne en filature, c'était un risque supplémentaire, mais je passais régulièrement des coups de fil relais à la rédaction. Il m'est aussi arrivé de reculer car la configuration n'était pas celle prévue initialement : quand un mec vous dit qu'il vient seul et qu'ils se révèlent être deux… Et pour rentrer chez moi, je vérifiais toujours qu'on ne me suivait pas, en faisant le tour du quartier."

"En six mois de tournage, nous sommes, avec Ossama, arrivés à un degré d'intimité unique, jamais vu dans une enquête de ce type. Convaincu d'avoir un ascendant sur moi, il ne se méfiait pas. Je me suis très vite retrouvé dans la position de l'élève à qui il se livrait facilement. Il m'a montré la vidéo qui a déclenché sa radicalisation. Celle-ci vient, à l'origine, d'évangélistes chrétiens américains d'extrême droite ! Il m'a confié avoir été recalé par l'armée française. Je comprenais mieux ses lubies d'attaquer spécifiquement des militaires. Il a même confessé qu'il pourrait tout arrêter pour une fille qu'il aime, qu'il a radicalisée et qui s'est retrouvée derrière les barreaux. C'était un moment fort.

Avec cette infiltration, nous avons pris les djihadistes à leur propre jeu. Ils utilisent ce qu'ils appellent la “taqiya” , l'art de la dissimulation. Ossama me conseille ainsi de me raser la barbe pour passer inaperçu. Daech est un mouvement qui se caractérise par le contrôle de son image. Or nous montrons tout ce qu'ils veulent dissimuler : le non-dit, le caché, l'inconscient. C'est pour cette raison que nous avons demandé au psychanalyste Fethi Benslama d'analyser les propos recueillis."

"Avant de débuter mon enquête, je n'avais jamais entendu parler de Telegram. Pendant toute mon infiltration, nous n'avons discuté que sur cette messagerie cryptée. Elle permet aux djihadistes d'échanger en toute discrétion, en format tchat ou audio, qu'ils soient en Syrie ou en France. Sur Facebook, ils font du recrutement, sur Telegram, ils sont plus opérationnels : ils postent, par exemple, des tutoriels pour fabriquer des bombes. Ce réseau a servi à coordonner les attentats de Tunis. Dans ce reportage, nous montrons, parallèlement, à quel point l'unité de gendarmerie chargée de la cyber-surveillance manque de moyens : non seulement il n'y a aucun arabophone dans leur équipe mais, en plus, ils n'ont pas le droit de créer de faux profils pour ces missions de veille…"

"Pendant ces six mois de tournage, il y a eu plusieurs moments de tension, notamment quand j'ai reçu un message disant : “T' es grillé, mec. Change de taf. ” Sur le coup, je me suis dit qu'il fallait tout arrêter. Et puis j'ai pensé que c'était peut-être du bluff. J'ai aussi été “convoqué” sur un quai de RER. Une femme en niqab m'a transmis un mot manuscrit. Il contenait un ordre de l'Etat islamique pour passer à l'attaque. C'était un test, ils voulaient voir si j'allais prévenir les flics. Heureusement, je savais que la police suivait le groupe car j'avais appris quelque temps auparavant que celle-ci m'avait “démasqué”.

Le soir du 13 novembre, je me suis interrogé sur la possibilité qu'un des djihadistes connaisse les assaillants. J'ai dû faire face à leurs réactions : ils se réjouissaient, plaisantaient, n'avaient aucune pitié… Autre moment de tension : quand j'ai découvert qu'ils disposaient d'une kalachnikov. Je n'ai jamais douté qu'Ossama passerait à l'acte dès qu'il le pourrait. S'il a été arrêté, c'est uniquement parce que son père a signalé son départ en Turquie. A quelques heures près, il passait en Syrie. Aujourd'hui, il est mis en examen pour association de malfaiteurs en vue de commettre un acte terroriste."

"Spécial investigation" : "Soldats d'Allah", lundi, à 20h55, sur Canal+. (En multidiffusion et A la demande).

Hélène Riffaudeau

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