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Publié par JD

Une enseignante de Seine-Saint-Denis dénonce le traitement de ses élèves par les gardiens du musée. La direction se justifie dans un communiqué.

Fermez vos gueules ! Fermez vos gueules !" Marianne Acqua n'en croit pas ses oreilles. Quand cette professeure d'histoire-géo du lycée Maurice Utrillo de Stains (Seine-Saint-Denis)

arrive dans la salle d'exposition du musée d'Orsay où sont regroupés les membres de sa classe de première bac professionnel vente, venue étudier l'histoire des ouvriers au XIXe siècle, mercredi 7 décembre, elle les retrouve médusés dans un coin. Elle raconte à "l'Obs" :

 

"Je fermais la marche du groupe avec une collègue et j'ai été accueillie par les injures d'un gardien de salle, visiblement très remonté contre mes élèves. Il n'arrêtait pas de leur ordonner de se taire... alors qu'ils étaient immobiles et silencieux comme des statues !"

L'enseignante a raconté tout d'abord l'histoire dans un post Facebook qu'elle a publié en privé après l'incident, partagé près de 2.000 fois, avant de s'entretenir avec "l'Obs".

Post FB d'un prof d'un établissement ZEP sur une sortie récente au musée d'Orsay avec une de ses classes. Les nerfs. pic.twitter.com/2R8yHX1Jvh

Un dialogue de sourds s'entame ensuite entre prof et gardien, le second reprochant à la première de ne pas savoir tenir les lycéens. Après un laïus ponctué de cris et de remarques désobligeantes, le surveillant finit par quitter la salle.

Une victoire de courte durée : quelques minutes plus tard, il reparaît avec une autre gardienne à qui il assène, en aparté, désignant l'enseignante, selon des propos rapportés ici par les lycéens : "C'est quoi ces vêtements ?" "Elle n'a aucune autorité sur ses élèves", "On ne sait même pas si c'est un homme ou une femme"... Mais la gardienne ne tique pas face à ces insultes proférées par son collègue devant les adolescents, et accuse à son tour :

"Vous dérangez tout le monde, les clients du musée se plaignent, on vous entend dans tout le musée !"

"Des accusations infondées, affirme Marianne Acqua. Si quelqu'un a été dérangé, c'est à cause des vociférations du gardien !"

"On s'est fait suivre par quatre surveillants"

"Mais rien n'y fait, elle continue de crier", témoigne l'enseignante.

"Pendant ce temps, le premier surveillant prend mes élèves à partie et bouscule littéralement la professeure qui m'accompagne", précise-t-elle dans son post. "Nous restons aussi calmes que possible mais leurs cris attirent d'autres surveillants de salle qui se mettent, à leur tour, à hurler sur mes élèves et moi-même. La situation devient délirante."

L'affaire dégénère encore lorsqu'un élève finit par répliquer, les nerfs à vif, face au harcèlement dont sont victimes ses accompagnatrices : "Mais vous êtes qui, vous, pour dire ça ?" Les surveillants font alors mine d'appeler la sécurité du musée, qui n'arrivera jamais. "On avait vraiment l'impression, ma collègue et moi, qu'ils cherchaient l'incident pour avoir un bon prétexte pour nous sortir", observe la prof.

"Les élèves sont juste bouche-bée, ils me regardent l'air ébahi, ils ne comprennent rien, moi non plus. Je décide d'ignorer la situation et leur dis de me suivre pour continuer la visite", écrit-elle encore.

Notre marche est silencieuse, pesante, les élèves osent à peine regarder les œuvres ou prononcer un mot. Mais ce n'est toujours pas suffisant, les surveillants nous courent après, nous demandent de nous arrêter."

Marianne Acqua et sa collègue décident malgré tout de continuer la visite avec le petit peloton, escortés par des gardiens toujours plus nombreux. "On s'est fait suivre par quatre surveillants, qui prétendaient avoir été agressés verbalement et exigeaient notre départ sans quoi ils menaçaient de se mettre en grève." La totale.

"Sommés de quitter les salles, les unes après les autres"

Arrivé dans une autre salle, le groupe tombe sur un cinquième gardien, étonnamment bienveillant, qui calme le jeu et décide de les conduire au premier étage du musée. "Ici, ne faites plus de bruit, mes collègues devraient vous laisser tranquilles", recommande-t-il aux élèves.

Peine perdue. Les mêmes scènes se répètent. "Dès qu'ils entrent dans une salle, ils sont suivis, engueulés pour... leur présence, sommés de quitter les salles, les unes après les autres". "C'était incompréhensible", confie Marianne Acqua. "Mes élèves étaient complètement calmes mais on continuait de leur lancer des 'Fermez vos gueules !'"

Cette fois, les deux enseignantes décident de quitter le musée. En parcourant les couloirs d'Orsay vers la sortie, la cohorte silencieuse passe devant d'autres classes, plus bruyantes mais moins métissées, selon la prof, mais à qui on ne reproche rien. Dehors, les lycéens sont choqués. Certains envisagent de ne plus remettre les pieds dans un musée parisien. 

"Bravo, chapeau bas le Musée d'Orsay, félicitations Paris, performance réussie", écrit l'enseignante sur Facebook : "Ce n'est pas la première fois qu'on me signifie que la place de mes élèves n'est pas au musée. A Pompidou, par exemple, on m'avait suggéré que c'était à la piscine municipale que nous aurions dû aller..."

Sollicitée par "l'Obs" par mail et par téléphone, la direction du Musée d'Orsay a répondu dans un communiqué :

"Le musée tient à préciser que ce groupe semble avoir eu un comportement bruyant, à l’origine de l’incident. Il regrette qu’une situation conflictuelle se soit développée. L'intervention de l’encadrement de la surveillance du musée a permis d’apaiser la situation. Le groupe a pu continuer sa visite.

Le musée va prendre contact avec la direction de l'établissement dans la journée. La direction du musée rappelle qu'elle met tout en œuvre pour recevoir dans les meilleures conditions plus de 150.000 élèves chaque année venant de tous horizons. Elle est très attentive à permettre à tous les publics d’être bien accueillis au musée."

Adrian de San Isidoro.

Sourse : L'obs

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