Angela Merkel a tranché son dilemme avec le très controversé patron du renseignement allemand. Ce 18 septembre, Hans-Georg Maassen a été démis de ses fonctions. Il officiera désormais comme secrétaire d’État au ministère de l’Intérieur. Retour sur une affaire qui fait trembler le gouvernement Merkel.

• Quelle est l’origine de l’affaire ?

Pour avoir douté de l’authenticité d’une vidéo amateur, révélant les courses-poursuites de militants d’extrême droite contre des personnes d’apparence étrangère dans les rues de Chemnitz, le 26 août, Hans-Georg Maassen est devenu un cas litigieux pour la coalition au pouvoir. En déclarant au tabloïd Bild qu’il ne disposait “pas d’éléments suffisamment solides pour affirmer que des chasses à l’homme avaient bien eu lieu” et qu’il pouvait s’agir d’une “fausse information destinée à détourner l’attention du meurtre commis à Chemnitz”, le désormais ex-président des services de renseignement de l’Office de protection de la Constitution a déclenché une vague d’indignation dans le monde politique. D’autant que ces propos allaient à l’encontre des déclarations de la chancelière qui, deux jours après l’incident mortel et les premières manifestations, avait fermement dénoncé ces “chasses à l’homme”, intolérables dans un État de droit.

• Pourquoi le scandale menaçait-il le gouvernement ?

Alors que le ministre de l’Intérieur, Horst Seehofer (CSU), lui renouvelait sa confiance, l’aile gauche du Parti social-démocrate (SPD), bientôt suivie par l’ensemble du parti et de ses instances dirigeantes, appelait à la démission de Maassen. Une première réunion de crise des trois partis de gouvernement (CDU-CSU et SPD), le 13 septembre, se concluait sans résultat. Avant même que ne se tienne la deuxième, ce 18 septembre, le quotidien Frankfurter Rundschau dénonçait une “relativisation scandaleuse” des exactions de l’extrême droite et rappelait “l’aveuglement (ou la sympathie ?)” du président d’un service censé veiller à la protection de la Constitution. Après les manquements dans l’enquête sur les meurtres commis par la formation d’extrême droite NSU ou ses rencontres avec l’ancienne chef du parti d’extrême droite Alternative pour l’Allemagne, Frauke Petry, le quotidien de centre gauche plaidait sans hésitation pour le limogeage de Hans-Georg Maassen.

• Y aura-t-il des conséquences sur le long terme ?

Sans présager de l’issue de la nouvelle réunion de crise qui s’est soldée par le départ du chef des renseignements, la Süddeutsche Zeitung évaluait l’affaire et ses conséquences : Maassen est devenu le symbole de tous ceux qui rejettent l’attitude d’Angela Merkel en matière de politique migratoire. Et le symbole d’une question : jusqu’où vont le pouvoir et l’influence des populistes d’extrême droite dans ce pays ? Pour le gouvernement, il ne peut plus y avoir de bonne réponse.” Selon le quotidien libéral de Munich, le débat est à ce point “surchauffé” que tous – SPD, ministre de l’Intérieur, chancelière – ne peuvent plus qu’en sortir perdants. “C’est une situation politique sans issue – précisément ce que voulait éviter Angela Merkel depuis son arrivée au pouvoir à l’automne 2005. Dans sa treizième année, on en est là.”