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Publié par JD

  Der Spiegel - Hambourg. Le courrier international.

Ce 23 novembre, un rapport doit être rendu à Emmanuel Macron, détaillant les conditions sous lesquelles les œuvres pillées par les colonisateurs pourraient être rendues à leur pays d’origine. La pression monte sur le musée du quai Branly et ses équivalents européens, directement visés.

Contactés par Der Spiegel, les responsables du musée du quai Branly, à Paris, se sont refusés à tout commentaire. Tristram Hunt, directeur du Victoria & Albert Museum de Londres, a prévenu que la culture ne devait pas se plier à un quelconque agenda géopolitique. Quant à l’Allemand Hartwig Fischer, directeur du British Museum, il est injoignable “depuis plusieurs semaines”. Il serait en voyage, ce qui, comme le souligne le magazine allemand, “résonne comme un prétexte d’un autre siècle, quand Internet et le téléphone n’existaient pas encore”.

Selon l’hebdomadaire, tous ces responsables de musée seraient sur la défensive avant “l’onde de choc” qui menace de s’abattre sur eux : ce 23 novembre, l’historienne de l’art française Bénédicte Savoy et l’écrivain et universitaire sénégalais Felwine Sarr doivent remettre à Emmanuel Macron un rapport très attendu sur la restitution des œuvres d’art africain conservées dans les musées français depuis les pillages de l’époque coloniale.

La peur des vitrines vides.

Quels objets rendre, à qui, dans quel cadre juridique, et avec quelles garanties quant à leur conservation ? Finalement, peu importe le détail des conclusions, remarque Der Spiegel : “Les autres anciennes puissances coloniales ne pourront pas ne pas en tenir compte.” Car ce rapport est avant tout le signe que “l’attitude des jeunes générations européennes vis-à-vis des biens rapportés d’Afrique et d’autres pays conquis est en train d’évoluer”, y compris au sein de la communauté des scientifiques et des conservateurs de musée. Seulement, il en va souvent autrement à la tête des institutions d’ethnographie ou d’histoire naturelle du continent, d’où la crispation observée :

En haut de la hiérarchie, il existe souvent une façon de penser différente. La peur des vitrines vides est davantage répandue, de même que la crainte de perdre en pertinence, de ne plus avoir la maîtrise de la situation – et des collections.”

Le musée du quai Branly sera le premier établissement concerné par les conclusions du rapport. Son inauguration, en 2006, avait fait sensation. “Tout dans le projet paraissait surprenant, inhabituel, hors des conventions, radical selon les critères de l’époque”, rappelle Der Spiegel. Fait inédit alors, il s’agissait de “mettre en avant le pouvoir esthétique des objets du culte et des objets du quotidien, l’aura d’anciens artefacts rapportés d’Afrique ou d’Amérique du Sud”.

“Nous” et “les autres”

Douze ans plus tard, cette ambition, comparable à celle qui sous-tend actuellement les travaux de construction du Humboldt Forum au cœur de Berlin, paraît quelque peu “naïve”, constate toutefois l’hebdomadaire. La scénographie accorde encore trop de prestige aux “collectionneurs”, à leurs “expéditions” et à leurs “missions”, sans insister sur les exactions, les pillages et les massacres dont ils ont été les auteurs. Et elle garde sous silence le fait que “90 % du patrimoine culturel africain ne se trouve aujourd’hui plus en Afrique, mais dans les collections de pays du Nord, de Berlin à New York. En passant par Paris”.

Le musée du quai Branly, tout comme les établissements ethnologiques qui parsèment l’Europe, “propage encore une vision simpliste et désastreuse, selon laquelle le monde se partage entre ‘nous’ et ‘les autres’”, enchaîne Der Spiegel. Selon le magazine de Hambourg, le débat dépasse largement la question des œuvres qu’il faudrait restituer : “S’ils veulent faire la différence, les Français ne pourront pas se contenter d’envoyer des sculptures en Afrique. Ils devront aussi transmettre des informations. Car sinon, comment les pays concernés pourraient-ils savoir ce qui leur a été pris ? Ils n’ont pu constituer aucune archive sur le sujet.”

Et là est tout le dilemme pour le musée du quai Branly, conclut Der Spiegel :

Bien que cela date de 2009, se rapport de terre solidaire est toujours d’actualité.  PDF à télécharger si dessous : 

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