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Publié par JD

Die Zeit - Hambourg Via le courrier international. 12-01-2019.

Cet hebdomadaire allemand regrette que le gouvernement français ait choisi de régler la crise des “gilets jaunes” par la manière forte. Si la violence se situe clairement des deux côtés, il est urgent que les Français renouent avec le dialogue.

 

Le président Macron a choisi la manière forte. Ce week-end, ce sont près de 80 000 policiers qui seront chargés de protéger la France contre les “gilets jaunes”. 80 000 hommes et femmes lourdement armés pour à peu près autant de manifestants qui descendent dans la rue, gilet sur le dos, pour réclamer plus de justice sociale. Alors que la colère des déçus du macronisme mitonne depuis des mois, le président a décidé de les combattre avec plus de force.

Les individus identifiés comme leaders seront désormais traités comme des hooligans : ceux dont le nom figurera sur une liste ne seront pas autorisés à s’approcher des manifestations, et ceux qui se couvriront leur visage s’exposeront à un an de prison.

Dans son discours du nouvel an, Macron a reconnu une colère “qui vient de loin” et a exprimé son souhait d’un avenir meilleur. Quelques jours plus tard, son porte-parole qualifiait les “gilets jaunes” d’agitateurs ne cherchant qu’à déstabiliser le gouvernement.

Une réponse bien trop simple.

Macron cherche toujours plus désespérément une issue à cette crise qui dure depuis des mois. Son gouvernement est paralysé, les médias ne parlent que des “gilets jaunes” et ce sont les défilés et les actes de violence du week-end qui fixent l’ordre du jour. Dans chaque village de France, on voit des voitures avec un gilet jaune derrière le pare-brise.

La réponse consistant à changer les instructions données à la police est bien trop simple. D’après Acat, une ONG chrétienne pour l’abolition de la torture, les forces de l’ordre françaises comptent parmi les plus lourdement armées d’Europe. Alors qu’en Allemagne, les forces de l’ordre ne disposent que de canons à eau et de gaz lacrymogène, leurs homologues françaises peuvent utiliser six autres types d’armes, dont des grenades à main. Leur utilisation devrait à terme être interdite, mais en attendant, les policiers ont le droit de s’en servir en situation d’urgence comme dernier recours avant d’ouvrir le feu. Les policiers français utilisent en outre des Flash-Ball, ces balles en caoutchouc qui ont déjà blessé des dizaines de gens au visage. “La France entre dans une spirale de violence au lieu d’entamer une désescalade”, estime l’ONG. Amnesty International a elle aussi critiqué l’État français pour son recours excessif à la force.
Dans les faits, les agressions viennent autant d’un côté que de l’autre. De nombreuses vidéos circulent montrant des manifestants blessés par des Flash-Ball et des fonctionnaires de police tabassant des personnes à terre. De son côté, la police diffuse des images de violence contre certains de ses représentants. D’après les chiffres officiels, près de 1 400 manifestants et 700 policiers auraient été blessés depuis le mois de décembre, soit plus que pendant l’insurrection de mai 1968. L’ancien ministre de l’Éducation, Luc Ferry, a même appelé les policiers à tirer sur la foule. Certains voudraient tout bonnement interdire les manifestations.
La manif, une passion française.

Pourtant, ainsi que le craignent certains députés macronistes, ce durcissement pourrait inciter encore plus de citoyens à descendre dans la rue. N’oublions pas que les Français ont une réputation internationale en la matière. Les manifestations des conducteurs de train allemands qui ont lieu entre cinq et huit heures du matin les font bien rigoler. En France, on manifeste et on fait la grève pendant des semaines. Tous les Français se souviennent encore avec nostalgie de la grève générale de 1995 qui avait enterré le projet du gouvernement de repousser l’âge du départ à la retraite.

Plusieurs mois après son émergence, le mouvement des “gilets jaunes” n’a toujours ni structure ni leader, mais il déborde toujours autant de colère. La promesse de Macron d’augmenter le Smic de 100 euros pour un grand nombre de travailleurs n’a pas suffit. Car les “gilets jaunes” demandent rien de moins qu’un changement de société. Ils veulent des aides sociales d’État, un toit pour tous les sans-abri, le rétablissement de l’impôt sur la fortune, des classes moins remplies à l’école et un meilleur réseau de transport régional.

Macron est face à un dilemme : il ne peut guère accéder à leurs demandes sans renier son programme. C’est un libéral dont la première décision en tant que président a été de supprimer l’impôt sur la fortune car il est convaincu que le bien-être de la population dans son ensemble passe d’abord par celui des élites et du patronat.

Aucun dialogue constructif en vue.

Macron espérait apaiser les esprits en organisant un grand débat national. À partir du 15 janvier, tous les citoyens et citoyennes sont invités à venir dans les mairies de la République pour expliquer aux politiques ce qu’ils attendent d’eux.

La consultation sur Internet à propos des thèmes abordés ne laisse toutefois rien présager de bon. Seules 30 000 personnes y ont participé, soit une fraction du nombre de partisans qui suivent les “gilets jaunes” sur Facebook.

Un dialogue constructif ne semble pas en vue. En seulement quelques mois, les “gilets jaunes” sont devenus la bête noire de Macron. Le président et les “gilets jaunes” ne sont pas sur la même ligne. Durant sa première année de mandat, l’ancien banquier d’affaire à qui tout souriait et qui a pris les rênes de la France à l’âge de 39 ans n’était pas aimé mais il était respecté. En imposant ses mesures d’austérité pour les chemins de fer, les retraités et les familles, il avait su repousser les protestations des syndicats et la contestation s’était essoufflée. À présent, la colère des infirmières, des retraités, des chômeurs et des travailleurs lui apportent chaque semaine une nouvelle crise gouvernementale.

Annika Joeres .

Article original clic ici.

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