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Publié par JD

Gilles Khoury - L'Orient le jour.
Expos jusqu’au 21 septembre.Au Beirut Art Center, l’exposition « How to reappear : through the quivering leaves of independent publishing »* revient sur près de 80 ans de publications indépendantes (principalement moyen-orientales et nord-africaines) qui ont marqué et se sont démarquées, en échappant au conformisme des grands maisons d’édition et tenant même d’une véritable pratique artistique... Maha Maamoun et Ala Younis, curatrices de l’événement, en parlent.

Comment est née l’idée de « How to reappear : through the quivering leaves of independent publishing » ? Et pourquoi avoir choisi de tenir cette exposition à Beyrouth ?

Nous sommes deux artistes et curatrices qui avons fondé ensemble le projet de publication Kayfa ta, ce qui signifie en arabe « comment faire ». Les différents titres que nous avons publié en arabe et en anglais depuis 2013 nous ont également permis d’en savoir plus sur les enjeux liés à la distribution et la durabilité de tels projets. Ainsi, nos recherches dans ce domaine ont été accompagnées d’une expérience directe dans le cadre de ces pratiques d’éditions indépendantes, et la compréhension que de tels moyens de production, de distribution et d’existence légale sont lents, rudimentaires et menacés par les marchés dominants des livres ainsi que les entités qui les contrôlent. Lorsque le BAC nous a donc proposé l’idée de concevoir une exposition dans ce lieu, nous avons immédiatement pensé focaliser le contenu sur ce domaine de publications indépendantes, et d’artistes, écrivains et éditeurs qui entreprennent de telles initiatives.

Comment avez-vous, par la suite, sélectionné les œuvres constituant l’exposition ?

Les projets explorés dans notre recherche se rapportent à l’édition indépendante, sa définition, ses procédés, ses acteurs et ce qui constitue ce « monde ». Nous étions déjà familières avec les travaux de Bernhard Cella, Barakunan, Post-Apollo et Jabbour Douaihy. Nous avons par la suite conduit des recherches à Beyrouth et dans la région, au cours desquelles nous avons rencontré, entre autres, Hala Bizri (éditions Snoubar Bayrout), Raafat Majzoub (artiste et écrivain) et Jaffat el-Aqlam (plate-forme digitale) d’Abou Dhabi, Fasl Magazine d’Alger et Ali Taptik (artiste et photographe) d’Istanbul. Quant aux livres faisant partie du projet NO-ISBN (livres circulant sans numéro de série, NDLR), nous avons organisé un appel ouvert dans nos réseaux afin de se les procurer.

Le texte introductif de l’exposition stipule que les éditions indépendantes sont souvent reléguées au deuxième plan, pourriez-vous nous en dire plus ?

Souvent, ce qui conduit les écrivains et artistes à opter pour une publication indépendante est le rejet de leur projet de la part des maisons d’édition. Les raisons de ces rejets sont nombreuses : le genre du livre, son format, son sujet, la langue, le CV de l’auteur(e) mais aussi d’autres calculs venant de marché du livre, éminemment codifié. S’autopublier devient alors pour eux la seule option possible.

Vous pointez également du doigt les « régimes » de publication courants qui sont extrêmement contraignants. De quoi s’agit-il ?

Au sein de cette exposition, l’audience trouvera maints exemples de projets ayant trouvé des moyens de contourner ce qu’on qualifie de régimes de publication contraignants. En l’occurrence, le projet No-ISBN recense les livres qui, n’ayant pas de numéro ISBN, et donc n’appartenant pas à ces « régimes », finissent par avoir beaucoup moins de visibilité et de possibilités de mobilité. Notre projet cherche donc à valoriser ces efforts de publier alternativement. D’autres restrictions qu’on évoque sont la censure, les auteurs et genres jugés non profitables, ainsi que celles coloniales, nationales, sociales et légales.

Pourtant, comme vous le disiez, certains ouvrages ont réussi à échapper à ces restrictions…

Oui, par exemple le travail de Ali Taptik est un hommage aux publications de Can Yayinevi et ses quarante éditeurs qui, en 1988, ont trouvé le moyen de réimprimer le contenu censuré d’un livre, en y incluant les jugements liés à son ban. Puisque ces jugements contenaient les passages censurés, et que les décisions de la justice turque sont publiques, il était légal de publier ce contenu. Maher Sherif a lancé en 1992 à Alexandrie le projet d’édition indépendante Yadawia. Chacun des titres est écrit et illustré à la main, et édité de 50 à 300 copies. La beauté et le souci apporté à ces éditions attirent à la fois les écrivains et les lecteurs. Depuis les années 70, Sherif n’a cessé d’être un membre actif et un cofondateur de plusieurs projets d’édition indépendants en Égypte qui font face à l’hégémonie des publications étatiques. Il y a aussi, à titre d’exemple, Jaffat el-Aqlam, une plate-forme digitale indépendante lancée à Abou Dhabi en 2014 qui accueille le travail d’artistes, de designers, d’écrivains, de chercheurs et de start-up, et contribue ainsi à l’exploration des identités au sein de la région MENA.

Quel est, à votre avis, l’avenir des publications indépendantes ? Et de l’impression papier dans l’absolu ?

L’avenir nécessite de la collaboration, du networking et de l’expérimentation entre différents éditeurs indépendants, sans doute aussi pour trouver des moyens d’initier les lecteurs au travail des éditeurs. Les recherches que nous avons conduites, ainsi que l’engouement pour l’exposition nous prouvent que l’intérêt pour le papier est encore important. L’idée est de trouver des moyens d’explorer cette pratique, dans ses formes plus ou moins traditionnelles.

 

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