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Publié par JD

Henry Samuel. Courrier international. 09/10/2019.

La France devrait être le premier pays d’Europe à utiliser la reconnaissance faciale pour proposer une identité numérique sécurisée à ses citoyens. Selon cet article du Daily Telegraph, l’initiative est jugée prématurée par certains qui s’inquiètent des enjeux de protection des données qu’elle soulève.

Dès novembre, et non à Noël comme prévu initialement, le gouvernement d’Emmanuel Macron devrait déployer un programme d’identification baptisé “Alicem”, au terme d’une période d’expérimentation de six mois.

Alicem, pour “authentification en ligne certifiée sur mobile”, est une application qui “permet à tout particulier qui décide de l’utiliser de prouver son identité sur Internet de manière sécurisée”, dixit le ministère de l’Intérieur. Chargée sur le smartphone, elle scanne la puce d’un passeport électronique et vérifie l’identité de la personne en comparant sa photo biométrique à son visage via la caméra du téléphone, grâce à une technologie de reconnaissance faciale. Une fois son identité vérifiée par Alicem, l’usager peut accéder à une foule de services publics sans aucun contrôle supplémentaire.

Pourtant, selon la Commission nationale de l’informatique et des libertés (CNIL), chargée de la protection des données en France, cet outil viole le règlement européen [RGPD, ndlr] qui exige le consentement de l’utilisateur, puisque pour certains services aucun dispositif autre qu’Alicem ne sera plus proposé.

“Questions de consentement et de libre choix ? ”

Les exigences de l’État français en matière de sécurité informatique sont par ailleurs mises en doute depuis qu’en avril, un pirate a mis à peine plus d’une heure à pénétrer dans la nouvelle messagerie gouvernementale prétendument “sécurisée” et présentée comme quasi imprenable.

Pour autant, le ministère de l’Intérieur s’entête, s’inquiète Martin Drago, juriste pour La Quadrature du Net, une association de défense des libertés numériques qui a lancé une procédure contre Alicem devant le Conseil d’État.

L’État veut contraindre les gens à utiliser Alicem et la reconnaissance faciale. Nous allons vers une utilisation massive de la reconnaissance faciale. Et il y a peu d’intérêt pour les questions de consentement et de libre choix”, a-t-il déclaré à Bloomberg.

La France s’inscrit dans une tendance mondiale vers la mise en œuvre de “l’identité numérique” comme clé d’accès sécurisée à des services pouvant aller du compte bancaire à la déclaration d’impôts. Le Royaume-Uni a ainsi signé un accord avec Singapour, qui l’assistera dans la création de son système de reconnaissance faciale.

Des dérives possibles en matière de données personnelles.

Les détracteurs de cette technologie dénoncent les dérives possibles en matière de données personnelles, alors qu’on voit déjà la Chine intégrer les données biométriques de la reconnaissance faciale dans de vastes bases recensant ses citoyens.

En France, les autorités assurent qu’elles ne procéderont pas à ce genre de recoupement, et que les images utilisées par la reconnaissance faciale seront effacées “quelques secondes” après la procédure d’accès.

“Il y a deux façons de voir ce lancement de la reconnaissance faciale dans l’identification numérique en France, résume Patrick Van Eecke, spécialiste de la protection des données pour le cabinet d’avocats DLA Piper, à Bruxelles.

 

Si les Français ne possèdent pas là une nouvelle technologie offrant le must de la sécurité, c’est qu’ils vont trop loin en termes de vie privée. De deux choses l’une : soit la France est à l’avant-garde, soit elle est en train de brûler les étapes.”

 

Courrier international.

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