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Publié par JD

The guardandien_Londre.. Courrier international. 15/05/2020

L’histoire le démontre. De tout temps, les épidémies ont laissé leur empreinte sur les villes. La pandémie de Covid-19 ne devrait pas déroger à la règle. Surveillance, distanciation sociale, nouvelles solidarités : le changement a déjà commencé.

Dans l’esprit de beaucoup de gens, le quai Victoria, qui longe la Tamise sur deux kilomètres, incarne l’essence même de Londres. Sur certaines des toutes premières cartes postales envoyées en Grande-Bretagne, on peut voir ses larges promenades et ses jardins resplendissants. Le Metropolitan Board of Works, qui a supervisé sa construction [1865-1870], le présentait fièrement comme “un ouvrage d’urbanisme intelligent et intelligemment raffiné, comme il sied à une ville marchande prospère”.

Les héritages de la peste et du choléra.

Or, ce quai, devenu indissociable de l’image que nous avons de la ville, n’est ni plus ni moins que le produit d’une pandémie. Sans une série d’épidémies de choléra meurtrières dans le monde au XIXe siècle – dont une à Londres au début des années 1850, qui a fait plus de 10 000 morts –, la nécessité d’un réseau d’assainissement moderne n’aurait en effet jamais été mise en évidence.

Et le remarquable ouvrage d’art [de l’ingénieur britannique] Joseph Bazalgette, conçu pour évacuer les eaux usées de la ville en aval, loin des réserves d’eau potable, n’aurait jamais vu le jour.

À l’heure où le monde continue de se battre contre la propagation galopante du coronavirus, confinant des millions de gens chez eux et bouleversant notre manière de parcourir nos villes, de les penser et d’y travailler, certains se demandent lesquels de ces accommodements perdureront après la fin de la pandémie, et à quoi pourrait ressembler la vie d’après.

Santé publique contre écologie.

Une des questions les plus pressantes auxquelles les urbanistes vont se trouver confrontés est la contradiction apparente entre la densification – la tendance à la concentration, jugée indispensable pour réduire l’empreinte écologique des villes – et la “désagrégation spatiale”, c’est-à-dire la séparation des habitants, qui est un des principaux outils utilisés à l’heure actuelle pour lutter contre la transmission de la maladie. “À l’heure actuelle, on réduit la densité chaque fois qu’on le peut, et ce pour une bonne raison”, observe Richard Sennett, professeur d’urbanisme au Massachusetts Institute of Technology (MIT) et conseiller de référence du programme des Nations unies sur les villes et le changement climatique. “Même si, dans l’ensemble, la densité est une bonne chose : les villes denses consomment moins d’énergie. Je pense qu’à terme nous allons voir apparaître une contradiction entre les exigences de santé publique et de préservation du climat.”

Pour Richard Sennett, nous reviendrons à l’avenir aux habitations individuelles et à l’étalement urbain, qui permettent aux gens de se rencontrer sans se marcher dessus dans les restaurants, les bars et les clubs – même si, au regard du prix astronomique du foncier dans des grandes villes comme New York ou Hong Kong, le succès d’un tel programme reposera sans doute, aussi, sur la mise en œuvre de réformes économiques.

 

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